Apprenant à partir d'un MOOC
Crédit photo: Le Monde – Apprenant à partir d’un MOOC

Nous avons reçu en héritage l’école moderne gratuite pour les enfants en âge d’être scolarisés jusqu’à l’adolescence, sans discrimination. Mais parce que nous avons manqué d’imagination pour la transmettre en l’état aux générations qui nous suivent, nous l’avons monétisée*.

Nous avons reçu en héritage la formation professionnelle subventionnée par les pouvoirs publics pour tous les jeunes sortis du cursus scolaire classique ou même pour tous ceux directement désireux d’avoir une formation qualifiante. Mais parce que nous avons manqué de vision stratégique, nous avons abandonné des milliers de ces jeunes entre les mains de marchands de mirage, grossissant ainsi les rangs des désœuvrés sans qualification.

Nous avons reçu en héritage des milliers et des milliers de livres pour nous instruire. Mais parce que nous avons ignoré la richesse incommensurable de leurs contenus, nous les avons bradés aux marchands de beignets, ne conservant que nos livres religieux comme seuls remparts contre l’obscurantisme.

Je pourrais poursuivre ainsi cette litanie écœurante, sans fin. Parce que la société de demain que nous bâtissons aujourd’hui m’interroge.

80 pour cent de réussite au CEPE en Côte d’Ivoire cette année, nous dit-on, alors même que nombre de ces admis ne savent pas construire trois phrases logiques en français. Pardon d’être aussi rêche, mais je m’inquiète. Je me suis appuyé sur un sondage, certes amateur, réalisé autour de moi, mais tout de même révélateur de bien de carences. Mes sondés étaient mon neveu Fôhiloh, Mike le fils du voisin, Rabbia la fille de mon ami, et je ne cite pas tous les autres ! tous nouvellement admis au CEPE… Que seront nos sociétés quand l’agriculture primaire ne suffira plus à soutenir notre économie ? Que deviendrons-nous si nos jeunes et nos adultes de demain manquaient de connaissance rigoureuse ? Je m’interroge.

Pourtant, je me refuse au désespoir. D’abord parce que le fatalisme n’est pas mon A.D.N. Aussi parce qu’il y a Internet et ses innombrables ressources. Mais surtout parce qu’il y a encore derrière tous ces ordinateurs et dans nos organisations des âmes généreuses qui favorisent le partage de la connaissance. Oyé, oyé ! Nous pouvons tous surmonter plus aisément les insuffisances des politiques publiques en matière d’éducation et de formation professionnelle pour acquérir des compétences solides.

Si par le passé, en dehors de l’école, les seuls canaux de transmission à disposition, par ailleurs pas toujours faciles d’accès aussi bien pour les diffuseurs que pour les récepteurs, n’étaient que le livre, la radio, la télé et les rencontres de quelques privilégiés autour d’un érudit, Internet est venu démocratiser la diffusion de la connaissance.

Toutes les compétences y sont accessibles et peuvent y être acquises pour peu qu’on s’en donne les moyens humains. Les coûts financiers d’apprentissage ne constituent plus un facteur insurmontable. Le ministère ivoirien de la Communication, de l’Economie numérique et de la Poste nous indique qu’il y a plus de 25 000 000 d’abonnement à la téléphonie mobile en 2017, en Côte d’Ivoire.

25 000 000 d'abonnés en Côte d'Ivoire possiblement ouverts au MOOC
25 000 000 d’abonnés en Côte d’Ivoire possiblement ouverts au MOOC

Avec une connexion à Internet,  ces 25 000 000 d’abonnés pourraient librement avoir accès aux innombrables ressources académiques diffusées via le Web.

Il est vrai que certaines infrastructures nous font encore défaut dans le domaine des technologies de l’information et de la communication pour apprendre à distance par vidéo, mais les ressources ne manquent pas pour nous instruire. Elles sont même abondantes en documents PDF, en podcasts ou en textes sur les sites de diffusion. Ce qui me fait dire qu’Internet est une promesse pour nombre d’Africains longtemps éloignés des sphères du savoir académique.

Partout, des initiatives intéressantes sont prises à travers blogs, forums et réseaux pour accompagner les « apprenants du Web. » Mieux, des Mooc, ces cours mieux structurés que les tutoriels sont lancés pour toutes les personnes souhaitant s’instruire.  Il faut y participer. Il faut s’y inscrire comme des milliers d’autres personnes de par le monde. Il faut intégrer les MOOC dans notre quête de connaissance.

Qu’est-ce qu’un MOOC

Un MOOC ou Massive Open  Online Course en anglais ou encore Cours en Ligne Ouvert et Massif en français est un mode de formation généralement gratuit, diffusé via le Web à toute personne qui s’y inscrit comme apprenant. Son ancêtre est le cours par correspondance.

Ce type de formation nous vient des pays anglo-saxons où les populations actives l’ont intégré depuis plusieurs années pour développer des compétences diverses.

Les MOOC, fortement encouragés par l’ONU à travers l’UNESCO, sont initiés par des universités publiques ou privés, par des groupes pédagogiques, par des fondations, par des entreprises, par des plate-formes logicielles… à l’endroit des apprenants dont ceux d’Afrique.

Grâce à Internet, tous les participants reçoivent les mêmes cours où qu’ils se trouvent et sont évalués selon les mêmes critères. Certains promoteurs de MOOC, comme OpenClassrooms, certifient les formations dispensées afin que le récipiendaire puisse s’en prévaloir formellement dans son parcours professionnel. A l’opposé, bien d’autres MOOC, tout aussi ouverts que les premiers, ne formalisent pas par quelque certification leurs formations. Mais, cela n’altère pas la qualité des cours dispensés ni même le professionnalisme des équipes pédagogiques.

Où trouver des MOOC

Sur le Web, pardi ! Les cours en ligne ouverts à tout public sont nombreux. Il n’y a qu’à interroger votre moteur de recherche pour accéder à plusieurs suggestions de MOOC. Toutefois, il me plait de vous indiquer trois plate-formes de MOOC que je visite régulièrement. Il s’agit de :

  • OpenClassrooms, une excellente plate-forme française qui diffuse des MOOC avec une option de certification des connaissances acquises ;
  • Coursera, l’une des premières plate-formes de MOOC. Elle est américaine et est initiée par deux professeurs de l’université de Standford en Californie ;
  • France Université Numérique, une plate-forme française qui propose des cours de grande qualité.

Y a-t-il des MOOC africains

Certainement ! Même si en y regardant de plus près, les MOOC africains les plus importants aujourd’hui sont proposés par des compétences européennes. Les universités d’Afrique ont majoritairement encore du mal à proposer de manière ouverte leurs cours en ligne.

A titre d’exemple, à ce jour, parmi les formations soutenues par l’Agence Universitaire de la Francophonie et encadrées par les universités régionales membres, les universités de Côte d’Ivoire ne contribuent pas à l’offre de formation. D’après l’ex-présidente de l’université Félix Houphouet-Boigny d’Abidjan, Madame Ly-Bakayoko, aujourd’hui ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, citée ici par Le Monde Afrique, les enseignants ivoiriens sont réticents à ce mode de formation. Zut !

Conclusion

Il n’est pas concevable aujourd’hui qu’un Africain qui a accès à Internet au moins deux heures par jour puisse manquer de connaissance de base ou de compétence alors qu’il souhaite s’instruire. Les cours en ligne ouverts et massifs  nous permettent d’apprendre et de nous hisser au niveau des meilleures compétences mondiales.

Certes, les pourfendeurs des MOOC leur nient la qualité des cours qu’ils jugent moins complets que ceux dispensés en présentiel dans les facultés. Mais, ce débat ne peut nous empêcher de reconnaître le caractère instructif des ressources académiques partagées.

Profitons donc des MOOC pour combler nos lacunes et pour enrichir nos connaissances, surtout en Afrique.

 

*Monétisée voulant exprimer dans ce cas-ci rendue payant

Antoine BLAGNON

Gérant chez WEB & EDITIONS
Professionnel de la communication et Gérant de WEB & EDITIONS, Antoine BLAGNON partage son expérience des techniques de communication, notamment sur le Web.
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